Part one
Écrire une danse arquée, tendue, sophistiquée, jouer de l'élégance de pointes subliminales sur de la musique rock ou punk (Sex Pixtols, Iggy Pop, etc...), c'est là tout le génie de Michael Clark, qui lui vaut sa renommée internationale. Il en offre, sous le titre Part one, une composition originale, en lever de rideau sur les deux pièces présentées cette année, la première et la toute dernière de sa trilogie autour de Stravinsky. Saccadés ou fluides, animaux ou végétaux, les mouvements contemporains se mêlent parfaitement à la gestuelle classique. Le dessin des déplacements, tout implacable qu'il est, surprend sans cesse. Les assemblages entre corps, espace scénique, objets et musique sont décadrés, dissonnants, fantaisistes.
O variation autour d'apollon musagète de stravinsky
Sur un plateau gris pâle où seule trône une structure cubique
en plexiglass, dans la pleine symphonie, lumineuse, ronde en ouïe de Stravinsky, pénètre une silhouette cambrée, en combinaison collante anthracite et noire. Cette première scène donne le ton. La finesse du design n'exclut pas l'humour — couleurs sobres s'acoquinant aux teintes acidulées, formes pointues à la Star Trek s'apprêtant aux objets les plus raffinés. L'art de la ligne couvre tout le spectre des possibles, des arètes acérées du décor aux courbes des corps vrillés, évoluant sur demi-pointes : Clark est sans nul doute un chorégraphe des contrastes.
Le temps d'une hypnotique série de duos, trios ou solos juxtaposés, les ondulations des danseurs attrapent prodigieusement le regard, au point qu'on en avait presque oublié le cube, soudain rappelé à notre mémoire sous une douche de lumière. Un danseur apparaît alors en son centre. Les jeux d'opacité et de transparence, de lumière et de matière, font de la structure une magnifique chrysalide qui sert une métamorphose. À l'intérieur du cube, chacune des parois offre un miroir au danseur : leur agencement plie, démultiplie, géométrise ses mouvements, déroutant palais des glaces.
Clark a le chic de l'anamorphose : en déplaçant le point de vue, il offre une image unique, qui change tout de la danse. Le plateau se transforme en surface laiteuse. En fond de scène, un mur du même blanc, découpé de portes articulées sur pivot, avale ou laisse surgir à vive allure les six danseurs, en habit blanc brillant.
Ces corps blancs sur fond blanc ne sont pas sans rappeler le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch. On pense aussi assez volontiers à Kandinsky : la petite histoire veut qu'il ait découvert l'art abstrait en accrochant un tableau à l'envers. Ne dirait-on pas que Clark pose les danseurs à l'envers sur le plateau, tête en bas, inventant une danse non figurative ? Il y a aussi du Mondrian dans la persévérance du déplacement des corps jusqu'à l'endroit juste, parfait. Ce petit carré rouge qui bouge de tableau en tableau jusqu'à se tapir à l'endroit idéal, on le retrouve ici, dans la tache de couleur ou de matière, qui s'acharne à trouver sa place.
Qui est michael clark ?
Après une formation classique au Royal Ballet School de Londres et des stages avec Merce Cunningham, celui que l'on appellera désormais "l'enfant terrible de la danse anglaise" entame sa carrière au Ballet Rambert. Il part ensuite à New York rejoindre la compagnie de Karol Armitage. L'explosion punk va dès lors marquer en profondeur son travail. Alors à peine âgé de 20 ans, il monte ses propres chorégraphies qui retentissent d'emblée à l'échelle internationale et fonde en 1984 sa propre compagnie : Michael Clark and Dancers. Qualifié de post-punk ou de post-moderne, c'est dans la collision du classique et du contemporain que s'exerce son talent. Parallèlement à son travail de chorégraphe, il participe à des projets cinématographiques avec Charles Atlas ou avec Peter Greenaway, pour lequel il incarne Caliban dans Prospero's book (1991). Depuis 2005, avec la Michael Clark Company, il est artiste-associé au Barbican Centre de Londres.
Écrire une danse arquée, tendue, sophistiquée, jouer de l'élégance de pointes subliminales sur de la musique rock ou punk (Sex Pixtols, Iggy Pop, etc...), c'est là tout le génie de Michael Clark, qui lui vaut sa renommée internationale. Il en offre, sous le titre Part one, une composition originale, en lever de rideau sur les deux pièces présentées cette année, la première et la toute dernière de sa trilogie autour de Stravinsky. Saccadés ou fluides, animaux ou végétaux, les mouvements contemporains se mêlent parfaitement à la gestuelle classique. Le dessin des déplacements, tout implacable qu'il est, surprend sans cesse. Les assemblages entre corps, espace scénique, objets et musique sont décadrés, dissonnants, fantaisistes.
O variation autour d'apollon musagète de stravinsky
Sur un plateau gris pâle où seule trône une structure cubique
en plexiglass, dans la pleine symphonie, lumineuse, ronde en ouïe de Stravinsky, pénètre une silhouette cambrée, en combinaison collante anthracite et noire. Cette première scène donne le ton. La finesse du design n'exclut pas l'humour — couleurs sobres s'acoquinant aux teintes acidulées, formes pointues à la Star Trek s'apprêtant aux objets les plus raffinés. L'art de la ligne couvre tout le spectre des possibles, des arètes acérées du décor aux courbes des corps vrillés, évoluant sur demi-pointes : Clark est sans nul doute un chorégraphe des contrastes.
Le temps d'une hypnotique série de duos, trios ou solos juxtaposés, les ondulations des danseurs attrapent prodigieusement le regard, au point qu'on en avait presque oublié le cube, soudain rappelé à notre mémoire sous une douche de lumière. Un danseur apparaît alors en son centre. Les jeux d'opacité et de transparence, de lumière et de matière, font de la structure une magnifique chrysalide qui sert une métamorphose. À l'intérieur du cube, chacune des parois offre un miroir au danseur : leur agencement plie, démultiplie, géométrise ses mouvements, déroutant palais des glaces.
Clark a le chic de l'anamorphose : en déplaçant le point de vue, il offre une image unique, qui change tout de la danse. Le plateau se transforme en surface laiteuse. En fond de scène, un mur du même blanc, découpé de portes articulées sur pivot, avale ou laisse surgir à vive allure les six danseurs, en habit blanc brillant.
Ces corps blancs sur fond blanc ne sont pas sans rappeler le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch. On pense aussi assez volontiers à Kandinsky : la petite histoire veut qu'il ait découvert l'art abstrait en accrochant un tableau à l'envers. Ne dirait-on pas que Clark pose les danseurs à l'envers sur le plateau, tête en bas, inventant une danse non figurative ? Il y a aussi du Mondrian dans la persévérance du déplacement des corps jusqu'à l'endroit juste, parfait. Ce petit carré rouge qui bouge de tableau en tableau jusqu'à se tapir à l'endroit idéal, on le retrouve ici, dans la tache de couleur ou de matière, qui s'acharne à trouver sa place.
Qui est michael clark ?
Après une formation classique au Royal Ballet School de Londres et des stages avec Merce Cunningham, celui que l'on appellera désormais "l'enfant terrible de la danse anglaise" entame sa carrière au Ballet Rambert. Il part ensuite à New York rejoindre la compagnie de Karol Armitage. L'explosion punk va dès lors marquer en profondeur son travail. Alors à peine âgé de 20 ans, il monte ses propres chorégraphies qui retentissent d'emblée à l'échelle internationale et fonde en 1984 sa propre compagnie : Michael Clark and Dancers. Qualifié de post-punk ou de post-moderne, c'est dans la collision du classique et du contemporain que s'exerce son talent. Parallèlement à son travail de chorégraphe, il participe à des projets cinématographiques avec Charles Atlas ou avec Peter Greenaway, pour lequel il incarne Caliban dans Prospero's book (1991). Depuis 2005, avec la Michael Clark Company, il est artiste-associé au Barbican Centre de Londres.
